Le premier choix est celui d’accepter d’être regardé

Stage « les journées »

Séances guidées par Stephan Pastor autour de la question de l’apparition au plateau.
Pour les professionnels du spectacle vivant, isolés ou en groupe constitué. Pour les artistes amateurs.

Le seul fait d’entrer sur un plateau de théâtre engendre une infinité de réactions dans le corps et l’esprit. Que se passe-t-il quand on est regardé ? Nous entrons dans le domaine des relations à soi, au partenaire, au public, à l’espace, à l’inconnu. La pratique consiste à toucher l’intensité de la présence, sentir le lien entre le corps et une parole qui s’invente en direct, comme un ouvrage à déchiffrer. Les mots clés : le moment présent comme un espace infini d’invention. En suivant de près la naissance de la vie au plateau, nous tentons de construire de petites saynètes ; une écriture en direct dans le plaisir et l’exigence de la pratique.

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La vie active est un défi. Il faut trouver sa place, mener sa vie, défendre ses projets, choisir et être choisi... Les « journées » aident l’acteur à camper une position consciente ; un rapport à la représentation et au spectacle vivant dans un monde soustrait des tensions et de l’électricité ambiante, pour un temps.

Nous entrons dans le studio de travail. Nous descendons dans notre atelier intérieur, et petit à petit d’autres visions affleurent. Nous investissons peu à peu l’espace théâtral. Nous percevons l’équilibre de tout ce qui constitue le vivant. L’air qui passe entre les gens, une pensée invisible qui relie tout. Elle est matière autant que les murs de la salle, la moquette au sol, la couleur du pull du partenaire, la présence de l’autre assis dans les gradins, la relation à celui qui est sur le plateau avec moi, la relation à un être à l’intérieur de moi, curieux de découvrir ce qui se passe à la lumière du théâtre. Un être que je connais intimement, mais que j’oublie, souvent. Lui est libre, lui parfume l’espace de son essence, lui ne vit que dans l’observation du présent.

Le sujet-acteur a besoin de cet espace-temps d’une texture différente pour se mettre en relation avec cet être intérieur, pour découvrir quel goût a ce lien. A chaque instant une page se lit, on pose un trait sur une feuille, c’est fait et ne peut être défait. Il faut que la vision du moment présent soit claire pour que le geste soit juste, pour que le mot choisi soit le bon.

Et les cadeaux viennent. Sans attentes ni regrets, ils viennent. Nous ne faisons plus du théâtre, c’est le théâtre qui nous fait.

Nous sommes dans la grotte de l’acteur, dans l’arrière-boutique du jeu théâtral. Nous constituons doucement notre propre boîte à outils. Là où tout commence. C’est une homéopathie du jeu. Un travail sur les couches profondes. Une prévention contre les pièges de la représentation, car cela nous prépare à une rencontre plus sensorielle avec le public. Nous ne sommes plus en face les uns des autres, mais dans un espace commun de regardants et de regardés. C’est quelque chose d’indicible. Mieux vaut le vivre.

Les exercices aident l’acteur à décrypter en toute conscience sa présence. Il observe tout ce qui constitue cet instant du présent : l’espace, les gestes, les mots, les déplacements, une infinité de détails. L’attention devient active. C’est un équilibre à tenir entre agir et être agi. Nous développons un mouvement de curiosité.
Avant que les histoires n’apparaissent, avant la fiction, avant les personnages, avant les mises en scène, il y a l’individu vibrant dans un monde en temps réel. Tout est relation. Le regard que l’on porte sur soi, sur son partenaire, sur les regardants, sur le déroulé qui s’invente instant après instant est la première information qui induit un « récit ».

Des actions aident à rester en éveil. Marcher, courir, crier, rire, serrer l’autre dans ses bras, fondre en larme, parler, deviennent des nécessités pour continuer à voir clair. Elles s’inventent dans la relation à l’autre. Quand le verbe naît, il n’est ni intellectuel ni explicatif, il est ancré dans ce même travail d’attention. Les mots choisis intuitivement accompagnent cette observation active. C’est un temps vertical et non plus linéaire. Les mots prennent une valeur symbolique. Si l’on dit « bonjour », ce « bonjour » est autant adressé à l’autre, qu’à l’inconnu en soi. C’est un « bonjour » unique. Il n’y en aura pas d’autres comme celui-là.

C’est également l’école du spectateur.

Celui-ci reçoit très nettement la vérité de ce qui est traversé au plateau. Il ressent ce qui vibre, et ce qui ne vibre pas. C’est le meilleur baromètre. Son écoute renvoie à l’acteur le tempo du plateau. Silencieusement mais vibrant, il l’aide à tenir la scène. C’est un va-et-vient nécessaire. L’acteur envoie une information, il en reçoit le retour du public comme le ressac d’une vague. C’est ainsi qu’une « discussion » s’écrit.

C’est un travail minutieux qui demande une grande concentration, et qui n’exclut pas le ludique, l’émotion, le récit. C’est un travail qui induit un rapport au monde plus sensoriel, vibratoire, énergétique. Les pensées, les émotions, les désirs, entrent dans ce domaine. « L’alchimie du jeu » crée alors l’acte artistique, en pleine conscience.


Les stages « les journées » sont effectués depuis octobre 2013 à la friche la Belle de mai et la ferme de la Colle chez Begat Theater.

Une adhésion annuelle à la Compagnie Pirenopolis est demandée aux participants.